Dominique Ehrmann a présenté son processus de création de maquettes aux membres de l’équipe MathémAlchimie. Voyez comment les trois maquettes ont contribué à créer, discuter, questionner, structurer, valider et à inspirer.
Les maquettes du projet MathémAlchimie
Les maquettes ont joué un rôle important dans la préparation, le développement et la fabrication du projet MathémAlchimie. Je travaille avec des maquettes depuis de nombreuses années, dans le cadre du développement de mes propres projets 3D et de mes peintures murales, et je les trouve très utiles. Après un dessin, je réalise une maquette en papier à petit budget pour évaluer ses potentiels aspect visuels comme ses angles, ce qui me permet de corriger les erreurs qui apparaissent. Cette étape cruciale me permet de décider si je m’investis sérieusement dans le projet.




Pour mes propres pièces, la fabrication de maquettes prend généralement quelques semaines. Avec l’équipe de vingt-trois personnes de MathémAlchimie, la fabrication des maquettes a pris plusieurs mois, mais cette gestation plus longue a été très importante.

Il y a eu trois maquettes différentes au cours de ce projet. La première, élaboré à la suite de profondes discussions entre Ingrid et moi-même à l’automne 2019, n’avait qu’un seul objectif concret. Nous devions l’emmener avec nous à la conférence Joint Mathemetics Meetings à Denver, en janvier 2020.
Elle y illustra notre vision et notre projet, accompagnant notre présentation lors de la session Math-et-Arts. Elle fut aussi point de convergence lorsque nous invitions des personnes, des artistes et des mathématiciens à rejoindre l’équipe qui construirait l’œuvre, qui se voulait dès le dépar être collaborative. C’était un succès ! Quatorze membre de l’équipe finale se sont inscrits à Denver et nous ont aidés à recruter, jusqu’à constituer une équipe complète de vingt-trois participants. Dès le début, Ingrid et moi avons assuré à tout le monde que la première maquette n’était qu’un guide – et que tout pourrait être discuté lors du premier atelier de trois jours, prévu en mars 2020 à Durham.
A cause de la pandémie, nous avons fait cet atelier en ligne – à l’époque, il s’agissait d’une nouvelle expérience pour nous tous ! Il fallait alors modifier l’ensemble du processus de fabrication. À la fin de l’atelier de trois jours, il a été décidé d’amplifier la simple vision initiale pour en faire quelque chose de plus complexe, de plus avancé, de plus développé. Nous allions nous éloigner de cette première maquette bien plus qu’Ingrid et moi ne l’avions envisagé.

Nous avons entamé un long processus de réunions hebdomadaires pour explorer, discuter, planifier et esquisser les idées du contenu de l’installation. Il m’est rapidement apparu que nous devions actualisér maquette, pour voir les interaction des différents éléments et pour explorer les proportions.

En juste une semaine, j’ai préparé une construction très laide en carton vert. Les photos que j’ai montré à la réunion suivante ont permis au groupe de se rendre compte qu’il fallait changer les proportions : la Colline de Riemann était trop petite. L’océan était trop petit et la baie trop étroite pour accueillir un bateau complexe, illustrant les nœuds et bien d’autres éléments.
Elles m’ont aussi aidé à convaincre les autres que, même si le phare était une très bonne idée, la version réaliste que nous envisagions ne l’était pas. J’ai encouragé la création d’une version plus poétique, plus artistique, qui a effectivement émergé des photos du phare réaliste de la deuxième maquette.
En mai, il était temps de commencer la création de la maquette finale, construite à l’échelle 1/4, contrairement aux deux premières, qui étaient à l’échelle 1/8. Les détails de plus en plus élaborés et la complexité de l’œuvre nécessitaient une échelle plus grande, afin que tous aient une bonne vue d’ensemble. Il était également temps d’aller au-delà du papier et du carton, d’utiliser des matériaux plus nobles – bois, tissu – et d’apporter des couleurs et des textures plus réalistes à la maquette. Certains éléments de la pièce ont fait l’objet de vifs débats et d’échanges d’arguments. Je retournais sans cesse à mon atelier pour créer ou adapter un élément. J’en prenais une photo que j’apportais à la réunion suivante pour en débattre. Cela aboutissait à une approbation ou à d’autre suggestions.
Pour certaines pièces, j’ai créé jusqu’à cinq versions avant d’obtenir la bonne ! Mais cela en valait la peine ! Bien que ce processus semble très long, il est important de prendre tout le temps nécessaire : Commettre une grosse erreur dans l’installation réelle est très coûteux. Sur une maquette, il est facile de mettre de côté une mauvaise pièce et de la recréer en corrigeant ce qui doit l’être.
La maquette finale est terminée depuis un certain temps ; elle a été approuvée par l’ensemble du groupe, et tout le monde s’y est attaché émotionnellement. Nous sommes entrés dans la phase de fabrication. Malgré cela, la maquette continue de nous aider : elle guide nos choix de matériaux, de couleurs et de tons, et elle m’a aussi beaucoup aidé à planifier la séquence de fabrication. Même si nous vivons actuellement une période quelque peu irréelle, nous avons besoin d’échéances réalistes. La maquette nous a aidés à les planifier.

À ce stade, je concentre mon énergie sur les éléments textiles de la pièce. Je suis responsable de la Grande Page, de la Courtepointe de la Cryptographie et de la Cavalcade de Feuilles. Mais il s’agit là d’une histoire pour une autre fois.
